paysages urbains, potagers et bords de mer...
© Photager
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fin 2008 dans aujardin.info

Pour mémoire, quand @photager se nommait encore behindtheleaves, j’avais été interviewé fin 2008 ou début 2009 (?) par le sympathique blog aujardin.info.

Bien entendu la photo du billetJean-Christophe Courte, assembleur de pixels et photographe amateur — n’est plus contractuelle (période main en vrac) mais le propos est toujours d’actualité…

Photographe amateur, pouvez-vous vous présenter à nos jardinautes ?

Je ne suis pas un “vrai” photographe même si j’ai la chance de compter quelques amis dans ce milieu — qui sait si leur influence ne s’est pas transmise par capillarité…?! Depuis mes années d’étudiant aux beaux-arts, j’utilise la photo comme un simple carnet de croquis, des bouts de mémoire… Beaucoup de photos d’architecture — j’ai obtenu un DPLG dans les années 80, de notes de voyages.

Néanmoins j’ai fait de l’image professionnellement pendant près de 10 ans pour monter des diaporamas, à l’époque où nous réalisions — Béatrice et moi (elle est mon associée dans ma vie “pro” et “perso” depuis 25 ans) — des présentations visuelles avec force graphiques financiers pour de grands groupes.

Ensuite j’ai cessé de faire de la photo au milieu des années 90.

Avec l’arrivée de nos enfants, j’ai acquis un Leica Digilux pour garder quelques images et m’essayer au numérique pour les couvertures de livres. Ce fut une utilisation marginale car pas suffisamment de pixels pour exploiter réellement les vues effectuées.

Comme j’anime un blog professionnel[1] — urbanbike.com (avec un bandeau aléatoire affichant des photos végétales…!), je me suis retrouvé en juin 2004 avec un DCS SLR/n prêté par Kodak pour quelques semaines. À l’époque, une véritable rolls délivrant — déjà ! — des images de 4500 par 3000 pixels avec son capteur de 13,7 Millions de Pixels…! Avec une contrainte, celle de conserver une sensibilité ISO peu élevée.

Je suis parti en Dordogne quelques jours en empruntant le mythique 85 mm de Frank Horvat. Je suis revenu conquis par les perspectives qu’un tel boîtier ouvrait.

Sinon, je suis graphiste de livres[2] et je travaille pour des éditeurs parisiens. Mes photos sont employées pour des couvertures de livres ou des catalogues.

Quels sont vos thèmes de photographie préférés et pourquoi ?

Par (dé)formation, ce sont d’abord les bâtiments qui furent mes sujets de prédilection. Au lieu de faire un croquis comme j’étais souvent en transit avec peu de temps devant moi, la photo a été une manière de conserver des petites notes des lieux traversés et des édifices rencontrés. À la réflexion, je pense d’ailleurs que c’est une erreur de ne faire que de la photo, on apprend énormément en dessinant à la main. On atteint même une meilleure compréhension des assemblages en les décomposant via un simple crayonné.

Je continue ces petites notes en voyage. Je me suis un peu amélioré ces derniers temps grâce à mon ami Laurent Thion, un photographe d’architecture (…et auteur de deux excellents livres sur le Nikon D3 et le Nikon D300) qui m’a montré comment il travaillait. Rien ne vaut l’exemple.

Sinon, j’ai photographié pas mal de choses hétéroclites. Cela allait de tas de pneus dans une décharge à des pinces à linge, des tomates (déjà…!) ou des plans rocheux…

En revenant à la photo via le numérique, en essayant des optiques improbables, en me baladant sur les sentiers côtiers de Belle-île ou dans le jardin planté par mon épouse, mon regard s’est forgé en jouant sur les très grandes ouvertures et les flous, les combinaisons de couleur, la lumière, les vibrations et distorsions apportées par le vent. Je me suis régalé à photographier derrière les feuilles…! Bref, ce n’est pas venu d’un coup, mais par une succession de situations et de hasards… Sans oublier les influences, conscientes ou non…

Pourquoi les plantes sont-elles source d’inspiration pour vous ?

D’abord pour l’univers géométrique incroyable qu’elles m’offrent. Quand on utilise des optiques de macro-photographie, on se retrouve nez-à-nez avec des constructions formelles splendides, souvent invisibles à l’œil nu, qui rivalisent sans difficulté avec les plus étonnants projets d’architecture contemporaine. Ce sont ces formes, leurs transparences comme les textures qui les habillent qui m’intéressent. J’utilise parfois un flash annulaire pour certains sujets mais j’utilise la lumière naturelle à 99,9 % du temps.

Mais surtout pour les instantanés graphiques que je tire des plantes qui se laissent photographier en pleine lumière…!

À grande ouverture, j’obtiens des compositions quasi “picturales”… Non, des tableaux à la Breughel l’ancien — dit Breughel de velours — avec force détails dans tous les coins, mais des jeux de tensions, de vibrations avec des lignes de force, des mélanges de couleurs sublimes dus aux “fondus” de plans. En gros, des compositions très graphiques proposées directement par la nature et les éléments…! Rien de mystique là dedans, juste ce qui m’est donné à voir… C’est à ces moments là que je prends le plus de plaisir. D’autant que je ne fais pas grand chose hormis cadrer.

Bref, j’ai la chance de bénéficier tous les jours des plus beaux mannequins qui soient, ces plantes délicates ou rustiques qui parsèment jardins, campagnes comme tous les coins possibles qu’elles peuvent coloniser dans les zones urbaines…!

Pour finir de répondre à votre question, je vais vous surprendre mais je n’ai rencontré le monde végétal que très récemment…! Pendant des années, j’ai été sujet à de très violentes crises d’allergie qui ne se sont atténuées après 45 ans. Depuis que je suis gamin, le printemps est une période noire dans mon existence. Je restais en moyenne deux mois confiné à l’intérieur pendant que le reste de ma famille était dehors à profiter du beau temps… Respirer des graminées, des acacias ou un tilleul me causait des réactions asthmatiques fortes. À 55 ans, je rattrape enfin le temps perdu…!

Quelle est votre plante préférée ?

Je n’en ai pas, ce serait trop réducteur. Certes, j’ai photographié des tonnes de lupins (merveilleuses petites tours d’habitations avec leurs balcons…!), de pivoines, d’iris, de physalis, d’hémérocalles, etc. Même un brin d’herbe avec un peu de rosée et une lumière adéquate peut donner lieu à une image intéressante. Je n’ai pas d’a priori… Dès que cela éveille mon sens graphique, cela m’intéresse… J’ai eu également une période écorces d’arbres…

Mais attention, j’ai également fait des tombereaux de photos nullissimes que je conserve en souvenir… Je ne commence à faire des images acceptables que depuis peu…! Ou c’est moi qui devient tolérant…!

Et les petits animaux ?

Je me suis essayé à photographier des épeires, des abeilles. Mais aussi des oiseaux qui passent dans notre jardin… C’est clair, je ne suis pas très doué dès que cela bouge, j’y reviendrais.

Quels sont vos conseils pour photographier les plantes ?

Pour commencer, se faire plaisir, s’amuser, ne pas se prendre au sérieux… ! Et ne surtout pas s’occuper du regard comme de l’opinion des autres (là, il faut vieillir un peu pour comprendre…!) et suivre ses émotions…

Sinon toute est dans notre propre capacité à regarder. Là où d’aucuns ne vont voir qu’une scène banale, je pense qu’il y a très souvent matière à s’émerveiller. Pour cela, il faut garder une très grande fraîcheur de regard, rester disponible, bouger et bouger encore, changer de point de vue, revenir sur ses pas, ne pas hésiter à revenir 10 fois au même endroit à des moments différents… La lumière change et sur une plage de temps de 5 minutes, on peut avoir matière à des images incroyables. Dans ces cas là, ne pas se poser trop de questions et cadrer comme si on assistait à un fait-divers… Ce qui est souvent le cas quand un gros nuage passe juste après…!

Un conseil moins banal est de pas s’essayer à utiliser toutes les optiques dont on dispose lors d’une sortie…! Généralement je ne sors qu’avec une seule optique, point barre (sauf quand je visite une ville, là j’emporte également un grand angle).

Ce que je veux dire par là est qu’il me semble plus intéressant — photographiquement comme émotionnellement — de travailler avec une seule combinaison optique toute une séance et d’en tirer le maximum plutôt que de piocher constamment dans son sac et de changer d’optique pour un oui ou pour un non…! Ensuite on va bien au delà de l’utilisation habituelle d’optique sélectionnée en s’essayant à des angles que l’on aurait traité avec un autre caillou. Cela nous oblige à ouvrir notre regard, à penser en 135 mm, en 180 mm ou en 35 mm… Autre avantage, on voyage plus léger…!

Je tiens ce conseil de mon ami Volker Gilbert, l’auteur d’un excellent livre sur le format RAW. C’est aussi lui qui m’a conseillé de me lever très tôt pour bénéficier de la meilleure lumière.

Enfin, je ne suis pas fanatique des zooms. Je préfère mille fois utiliser une optique fixe qui m’oblige à bouger, à me déplacer, à chercher le bon cadrage, à changer d’angle, à reculer plutôt que de mitrailler une scène en jouant des capacités optiques du zoom à partir d’un seul point…

Il y a une dernière raison à ce conseil. Comme je n’ai pas de vision stéréoscopique (je ne vois que d’un œil même si je peux choisir l’un ou l’autre…!), l’utilisation d’un zoom comme un 70–200 m’est difficile. Ceci explique aussi pourquoi je suis nul quand cela bouge devant moi…! À l’inverse d’un Thierry Seray quand il photographie dans des conditions de tempête des voiliers…

Enfin, ne pas oublier qu’avec le numérique, il y a une phase de post-traitement (mot compliqué pour simplement dire qu’avec un fichier enregistré au format RAW, il y a une seconde étape pour fabriquer son image) qui peut être particulièrement créative, souvent avec peu d’interventions d’ailleurs, du fait des ingrédients du départ (optique, sujet, etc.). C’est pourquoi je conseille temporairement d’oublier le JPG pour s’essayer au RAW.

Quel matériel utilisez-vous ?

Dans les années 90 en argentique, nous étions équipés en Nikon (F2, FM2) et j’utilisais également un fantastique Hasselblad (6 x 6) qui se transformait en un véritable boulet dès que l’on partait en voyage…! Un concept génial en studio, une qualité optique exceptionnelle mais qui nécessite des porteurs sur le terrain…! J’ai ensuite basculé sur Contax (RTS III) pour son fabuleux 18 mm. Mauvais choix, Contax a raté son passage vers le numérique (il fallait acquérir de nouvelles optiques ad hoc) et a fermé boutique suite à cette incroyable bourde marketing…

C’est pourquoi la solution proposée par Kodak en 2004 était intéressante, un boîtier supportant des optiques argentiques Nikon (…ou Canon, car il y avait deux versions, DCS SLR/n et DCS SLR/c) pour commencer. Malheureusement Kodak a également échoué sur ce segment et cela c’est traduit par la fin de la commercialisation des DCS en janvier 2005… Je m’égare.

Bref, je me suis rééquipé au printemps 2005 en investissant a minima dans un Canon 350D (mon tout-en-plastique) et un simple 60 Macro, un couple performant, très léger, agréable à trimballer avec soi. Avec le rapport 1,5 du petit capteur, j’avais de facto un bon 100 mm macro…

Depuis deux ans, je suis passé au Canon 5D, plus lourd mais avec un capteur incroyable et, surtout, plein format. Enfin, je suis tombé raide dingue du 135 mm qui ouvre à 2.0 et qui a un piqué de folie, pratiquement à demeure sur ma boîte à pixels (Canon EF 135mm f/2L USM)… Certes, j’étais tenté également par le 85 mm mais très cher et, surtout, bien trop lourd (Canon EF 85mm f/1.2L II USM).

En effet, on l’oublie mais ce n’est pas le boîtier qui est la pièce la plus importante, mais l’optique. Ainsi le passage du 100 macro (le vrai, le Canon EF 100 mm f/2.8 USM) que je trouvais mou au Canon EF 135mm f/2L USM a été déterminant… J’ai également eu la chance de tester un 180 macro (Canon EF 180 mm f/3.5 L Macro USM) qui est carrément exceptionnel. L’équipe de Canon France m’a récemment prêté un 200 stabilisé utilisé pour les défilés de mode (Canon EF 200mm f/2.0 L IS USM)… Là encore, je me suis fait plaisir. Pour la photo d’architecture, j’utilise un 16–35 (Canon EF 16–35mm f/2.8L II USM)…

Enfin, comme j’enregistre mes images au format RAW, j’utilise pour finir Adobe Lightroom principalement ainsi que CaptureOne, le tout sur mon Macintosh. Le format RAW me permet de revenir sur les réglages, la colorimétrie, etc. Cela aussi a été un bond fantastique et me rappelle mes séances à la chambre noire du temps de l’argentique. Sauf qu’ici, je traite cela à l’écran. Mais avec autant de plaisir…

J’ai la chance d’avoir une boutique non loin de chez moi — ShopPhoto Versailles pour ne pas les nommer — avec une équipe compétente. Cela n’a pas de prix. C’est aussi chez eux que j’ai acquis mon pied photo avec la fabuleuse rotule Manfrotto 410 conseillé par Laurent Thion. Ou encore mon 135 mm.

Avez-vous un jardin ?

Oui. J’ai surtout la chance d’avoir une compagne qui connaît fort bien les plantes et qui a aménagé notre jardin. Béatrice est architecte et aurait du faire l’école du paysage en fait tant elle aime les jardins…! C’est elle qui m’indique le nom des végétaux que j’affiche sur l’écran car j’ai peu de connaissance en ce domaine…! C’est elle également qui organise lors de nos escapades en famille les visites de jardins remarquables…!

Aussi quand je bosse et que je perçois une lumière particulière, je descends de mon bureau et j’atterris dans le jardin pour capturer ces instants fugitifs. En ce moment ce sont les physalis qui se décomposent et vont se transformer en de véritables bijoux cuivre et or.

Merci Alain pour cette mise à plat qui m’a obligé à réflechir. En septembre 2014, je ne change pas un mot…

Depuis, nous avons un Canon EOS–1D Mark II et un Canon EF 100mm f/2.8L Macro IS USM mais qui sont devenus les outils de ma fille (voir son album autislande ici-même). Et comme les images de ma fille ne me laissent pas indifférent, je me rends compte qu’elle a une influence sur ma manière désormais de photographier avec mon antique Canon EOS 5D et le Canon EF 180 mm f/3.5 L Macro USM ou le Canon EF 135mm f/2L USM…


  1. correction, cela avait cette destination en 2008, c’est désormais un blog tout ce qu’il y a de personnel avec un unique contributeur.  ↩

  2. seconde correction : activité et structure fermées depuis fin juin 2013 faute de clients…  ↩